Sports 20 octobre 2022

Graham Potter et la magie bleue à Chelsea

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Samedi à 18:30, Chelsea affronte Manchester United, dans un choc entre deux équipes qui ont récemment changé de coach. Avec un peu plus d’étincelle et de succès du côté de Chelsea, grâce à l’arrivée du magicien Graham Potter, qui a ramené un peu de féérie du côté de Stamford Bridge. Portrait du tacticien des Blues avant ce choc, qui sera à suivre en direct sur VOOSPORT WORLD.

La saison n’était vieille que de 6 matches de Premier League et d’un match de Ligue des Champions, que Thomas Tuchel prenait déjà la porte en septembre dernier. Et ce, malgré un bilan qui n’était pas pour autant catastrophique (3 victoires, un nul et 3 défaites). Mais une défaite dans le match inaugural de la Champions League face à Zagreb aura été fatale. Une décision surprenante vue de l’extérieur, tant elle semblait soudaine, voire précipitée.

Il faut dire que le nouveau propriétaire du club, Todd Boehly, ne portait pas l’Allemand haut dans son estime et il ne l’a pas caché. « Lorsque vous reprenez une entreprise, vous devez vous assurer que vous êtes aligné avec les gens de l’entreprise et Tuchel est évidemment extrêmement talentueux et évidemment quelqu’un qui a eu beaucoup de succès avec Chelsea », expliquait l’Américain peu après le limogeage du coach qui avait gagné la C1 une saison auparavant. « La réalité de notre décision était que nous n’étions pas sûrs que Thomas voyait les choses de la même manière que nous. Personne n’a raison ou tort, nous n’avions tout simplement pas de vision commune pour l’avenir. Ce n’était pas uniquement à cause du match à Zagreb, il s’agissait de la vision commune de ce à quoi nous voulions que Chelsea ressemble. Ce n’était pas une décision qui a été prise à cause d’une seule victoire ou défaite. C’était une décision que nous pensions être la bonne vision pour le club. »

Magie noire en haut, magie bleue sur le gazon vert

Débarrassé de Tuchel, le businessman de 49 ans devait sortir quelqu’un d’autre de son chapeau. Une nomination motif de toutes les interrogations. Car il faut bien avouer que le début de règne de Todd Boehly était pour moins désopilant. Entre idée farfelue (il voulait importer un match du type All Star Game en Premier League) et déclaration à côté de la plaque (il a affirmé que De Bruyne et Salah ont été formés à Chelsea), le tempérament de l’Américain semble impétueux. De quoi amuser et parfois inquiéter les observateurs quand on sait le pouvoir que lui donne le fait d’être à la baguette à Chelsea.

Sauf qu’au moment d’annoncer le nom du successeur de Thomas Tuchel, les mines étaient plus rassurées, voire optimistes. En effet, Graham Potter, coach de Brighton depuis 2019, était l’un des managers les plus bankable outre-Manche. 4e au moment de quitter les Seagulls, il avait su faire de Brighton en deux saisons seulement, une équipe stable de Premier League (9e place finale la saison dernière en étant le 17e budget de l’élite). Stable, mais, surtout, qui proposait un jeu très intéressant, presque chatoyant, pour un « petit » de Premier League. De quoi se faire remarquer depuis quelques années, au point d’être qualifié de « le meilleur entraîneur anglais », par Pep Guardiola, grand mage de Manchester City. On aurait pu être méfiant vis-à-vis de la cohabitation entre le manager et l’omnipotent propriétaire du club de Londres. En effet, le copropriétaire des Los Angeles Dodgers (franchise de baseball), est à la fois propriétaire, président et directeur sportif chez les Blues. Voir un dirigeant se mêler du sportif a le don d’énerver les managers, surtout en Angleterre où ils ont un rôle transversal au sein de l’institution et ne se contentent pas que de donner les entraînements. Un gros mois après son arrivée, il semblerait que Potter et son président soient sur la même longueur d’onde. Et ce, malgré un changement d’ambiance évident pour l’Anglais, quand on jette un œil sur son parcours.

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Graham Potter à l’école scandinave

Il existe de nombreuses façons de devenir entraîneur de football. Bien que le parcours classique veuille que vous soyez un ancien joueur reconverti. C’est aussi le cas de Graham Potter. Mais le chemin qu’il a mené durant son après carrière est bien moins classique. Après un sentier sportif qui l’a principalement vu évoluer en D2 et D3 anglaise (il a tout de même joué 8 matches de Premier League avec Southampton), il raccroche les crampons de sa carrière de « joueur moyen » à l’aube de ses 30 ans, en 2005. Des terrains, il passe aux bancs de l’université et devient diplômé en sciences sociales. Il poursuit son parcours académique, toujours à l’université, mais en tant que directeur du développement du football à l’Université de Hull et devient aussi entraîneur-adjoint de l’équipe anglaise universitaire. Jusque-là, rien de complètement insolite. Sauf que durant la même période, il devient également directeur technique pour l’équipe féminine du Ghana et participe à la Coupe du monde de football 2007. Il rejoint ensuite l’université de Leeds pour une fonction identique à celle de Hull et enrichit son étagère à diplôme avec une maîtrise en leadership et intelligence émotionnelle. On en a qualifié certains « d’intello » pour moins que ça.

C’est ici, fin 2010, que le chemin du grand Potter prend une direction inattendue : le comté de Jämtland, en plein milieu de la Suède. Daniel Kindberg, tout nouveau président d’Österdunds FK, vient à la rencontre de Potter et veut lui offrir un « laboratoire géant » qui colle à la philosophie de l’universitaire : « vivre sans la peur de faire des erreurs ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Potter n’a, ni froid aux yeux, ni peur de faire une erreur en rejoignant « winter city », la ville où la lumière ne jaillit qu’une paire d’heures chaque jour. Kindberg a un objectif clair pour Potter à l’Östersunds FK, qui vient de tomber en 4e division. « Notre mission est de rendre fiers les gens de la ville et les habitants du comté de Jämtland, mais je ne veux pas le faire n’importe comment. Je veux le faire avec une approche particulière, une identité, un style », explique le fantasque président.

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Un pari loin d’être gagné. « Östersund, ce n’est pas Monte-Carlo. Je pense qu’il n’y a aucun homme normal qui se dit un jour : Allez, je plaque tout et je viens ici », explique, avec du recul, Potter. « Puis, lors de la première séance, en janvier 2011, je me suis rendu compte de l’ampleur de l’affaire. En réalité, on était au point zéro. Il fallait discuter avec les joueurs, voir leurs aspirations, comprendre le fonctionnement du club, ce qu’il y avait derrière l’environnement sportif. » Mais la sauce prend dans le chaudron magique de Potter.  Après deux montées successives en troisième puis deuxième division, son contrat est prolongé. Deux ans plus tard, en 2015, le club débarque en Allsvenskan, première division suédoise, pour la première fois de son histoire. La consécration arrivera au terme de la saison 2016/17, quand le club remporte la Coupe nationale et valide son ticket pour la phase qualificative pour la Ligue Europa. Le club se qualifiera en mettant de côté Galatasaray ou encore le PAOK avant de battre Arsenal en 1/16e de finale à l’Emirates (1-2), mais en étant tout de même éliminé.

De belles performances qui commencent à faire écho sur l’île britannique. Lors de l’été 2018, il rejoint le Pays de Galles et Swansea, tout juste relégué en Championship. Il n’y restera qu’une saison, mais aura eu le temps d’y laisser son empreinte. En effet, sous sa houlette, les Swans atteignent les 1/4 de finale de la FA Cup face à Manchester City et mèneront même 2-0 après 30 minutes de jeu, avant de s’incliner au final. En championnat, Swansea terminera 10e. Brighton flaire le bon coup et tente de recruter le natif de Solihull. Mais les dirigeants refusent d’entamer les discussions, avant de finalement céder contre un chèque de 3,5 M€.

Un jeu fait de paillette

La suite, on la connaît. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses débuts avec les Blues sont presque parfaits. En sept matches, il n’a pas encore connu la défaite. Ni en Premier League (4 matches, 3 victoires et 1 nul), ni en Champions League (3 matches, 2 victoires et un nul). D’autant plus que l’équipe marque beaucoup (13 buts) et n’encaisse pratiquement pas (2 buts seulement). Alors pourquoi cela fonctionne si bien ?

D’abord, cela peut sembler bête, mais Potter a « profité » du décès de la reine Elizabeth et des matches reportés pour travailler et bien préparer ses premières rencontres. Effectivement, il n’a eu qu’un seul match officiel entre son arrivée (le 7 septembre), un match nul 1-1 à domicile contre le Red Bull Salzburg en C1 le 14 septembre, et son premier rendez-vous en championnat (le 1er octobre). Les matchs contre Fulham et Liverpool ayant été reportés. Une mini trêve inattendue tombée à pic pour le manager, qui a pris le temps de s’intégrer et faire connaissance avec ses joueurs. D’ailleurs, l’une de ses priorités a été d’apprendre à connaître son équipe sur un plan personnel. Peu après sa nomination, il a promis que chaque joueur de l’équipe première aurait un entretien individuel avec lui avant la pause internationale de septembre, et il a tenu parole. Un reboot fort apprécié par les joueurs habitués à être sur le terrain, mais surtout par ceux qui s’étaient sentis mis de côté par Tuchel. Sur la pelouse, la différence a aussi été visible. Habitué avec Brighton à proposer un jeu dynamique et tourné vers l’offensive, il a été l’un des précurseurs du système à trois défenseurs en Angleterre. De plus, il a toujours voulu que ses équipes soient capables de créer le jeu à partir du gardien, en combinant rapidement.

« Graham Potter attend de ses joueurs du dynamisme et du mouvement perpétuel afin de créer des zones de supériorité numérique », décrit Julien Baudot pour l’Équipe. Mais tout n’était pas parfait à Brighton. « Les formations du nouvel entraîneur des Blues souffrent toutefois d’un problème récurrent : le manque d’efficacité devant le but. Lors de la saison 2020-2021, Brighton avait terminé la saison à la 16e place du classement, avec seulement 40 buts inscrits pour un total de 53,82 expected goals – la probabilité de faire trembler les filets. Soit la seconde différence la plus élevée entre le nombre de buts inscrits et le nombre de buts attendus lors de l’édition 2020-2021. Sans tous ces manqués, les troupes de Graham Potter auraient pu finir au cinquième rang, synonyme de Coupe d’Europe », poursuit l’analyste. Un problème d’efficacité qui semble corrigé. Depuis son arrivée, Chelsea a un total de 5.48 xG pour 7 buts marqués. Les Blues marquent donc plus qu’attendu.

Potter réussit ses débuts avec Chelsea

Mais le coup de magie de Potter n’a pas été que d’améliorer l’efficacité devant le but. C’est un point extrêmement important, c’est vrai, mais il a surtout voulu établir un cadre de travail. Avec des méthodes moins farfelues que celles utilisées par Graham lorsqu’il était en Suède, où les joueurs avaient été sollicités pour organiser des pièces de théâtre, un opéra rock et même … un ballet. « L’important, c’est que plus vite on apprend à connaître les joueurs, plus vite on peut établir la confiance et mieux les comprendre. Mais c’est grâce aux gars, aux joueurs », expliquait le néo-manager de Chelsea après la victoire à Stamford Bridge face au Milan AC en Ligue des Champions. « Ils ont vraiment répondu, ils ont été très honnêtes et très responsables, et ils veulent bien faire. Notre travail (lui et son équipe d’encadrement) est d’essayer de les aider et de les aider à apprécier leur football. Il y a de la pression et nous voulons gagner, mais s’ils apprécient leur football, c’est le principal pour l’équipe ». Une réponse typiquement « Potterienne ».

On pourrait, certes, se dire que l’arrivée d’un nouveau manager rebooste quasiment systématiquement une équipe. Mais les débuts de Potter à Chelsea sont meilleurs que ceux de Conte, Lampard, des deux règnes de Mourinho, de Benitez ou encore de Tuchel. Certes, c’est à la fin du spectacle qu’on paie les magiciens, mais c’est, tout de même, un bon indicateur. De plus, ses joueurs semblent aussi sous le charme. « Il est brillant », a récemment déclaré Mason Mount à BT Sport. « Vous pouvez voir la façon dont nous avons joué. Nous sommes une menace offensive permanente et nous sommes solides à l’arrière. Nous allons manifestement dans la bonne direction et j’espère que ça va continuer ». Et un joueur qui doit être également ravi, c’est Kepa Arrizabalaga. Le gardien espagnol des Blues faisait jusqu’ici office de doublure à Edouard Mendy. Mais après la blessure du Sénégalais courant septembre, il a su s’imposer au point de garder la place de numéro 1, malgré le retour de Mendy. De plus, l’Espagnol reste sur une série de 5 matches (toutes compétitions confondues) sans encaisser de but. Potter n’y est sans doute pas étranger. Abracadakepa.

Ce qui explique surtout la réussite de Potter à Chelsea, c’est que son calme et sa capacité à communiquer efficacement (vous vous souvenez ses maitrises en leadership et intelligence émotionnelle ?) percolent chez les joueurs. Un cadre de travail serein, qui pousse le collectif à se dépasser. « Potter n’a pas agité une baguette magique. Il n’a pas relancé Chelsea avec des séances d’entraînement révolutionnaires ou des tactiques d’une autre époque. Au lieu de cela, Potter a fait quelque chose de simple et de sensé : il a été lui-même », explique Jacob Steinberg pour le Guardian. En football, comme en amour : la communication est la clé. C’est exactement le point fort de Potter. Un homme qui « comprend les gens, sait communiquer et apprécie l’intelligence émotionnelle ». Ajoutez-y une excellente connaissance de la tactique et vous obtenez le combo gagnant quand il s’agit de définir le manager parfait.

Reste à voir si le choc de ce samedi sourira à Potter. Face à un Manchester United en pleine bourre et à Ten Hag, un autre coach « new gen », il s’agira du premier gros test en championnat pour lui. Mais son grimoire est rempli d’enchantements, pour le plus grand plaisir des Blues.

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